La “Grande Guerre” frappe l’Europe d’une violence inédite. Tranchées, armes de nouvelle génération, éclats d’obus : les blessures, souvent complexes, touchent des régions jusque-là difficiles à soigner. Les chirurgiens se heurtent à des traumatismes faciaux massifs. Un besoin vital émerge : rendre un visage, restaurer les fonctions et l’estime de soi.
Un acteur clé : Sir Harold Gillies
En Grande-Bretagne, le néo-zélandais Sir Harold Gillies s’impose comme pionnier de la chirurgie reconstructrice. À l’hôpital de Sidcup, Gillies et son équipe traitent entre 1917 et 1925 plus de 5 000 blessés de la face – un chiffre inégalé à cette époque (The Lancet, 2014). Innovateur, il développe les premières techniques de greffes de peau pédiculées et de lambeaux tubulés, méthodes qui font école. Gillies est reconnu pour avoir réalisé plus de 11 000 interventions sur ses patients de guerre, chaque cas étant pour lui une occasion d’apprendre et de transmettre (American Journal of Surgery, 2012).
- Lambeau tubulé : technique consistant à rouler un lambeau de peau pour créer un tube vascularisé, permettant le transfert sur une zone distante tout en réduisant l’infection – un progrès majeur pour les reconstructions faciales.
- Planification chirurgicale en plusieurs temps : Gillies privilégie les étapes successives, chaque opération étant minutieusement préparée pour limiter les risques infectieux et optimiser les résultats fonctionnels et esthétiques.
L’influence de Gillies s’étend rapidement sur le continent. En France, les “gueules cassées” bénéficient du savoir-faire d’illustres chirurgiens comme Hippolyte Morestin, Paul Tessier et Maurice Virenque, créant de véritables écoles de pensée autour de la reconstruction faciale.
L'apparition des prothèses faciales : le mariage de l’art et de la médecine
Pour les lésions trop étendues, une nouvelle discipline émerge : la prothèse faciale. Des artistes comme Anna Coleman Ladd ou Francis Derwent Wood en Grande-Bretagne sculptent des masques en cuivre peints à la main, redonnant une identité aux blessés. En 1918, plus de 2 000 prothèses sont fabriquées rien qu’à Londres (Imperial War Museums).