Voici une présentation des méthodes les plus fréquemment proposées, avec leurs spécificités, indications et évolutions récentes.
1. Reconstruction par prothèse mammaire
- Description : Cette technique consiste à placer un implant en silicone sous le muscle pectoral ou directement sous la peau, parfois en association avec un lambeau musculaire pour plus de couverture.
- Indications : Adaptée en majorité aux femmes qui ne présentent pas de contre-indication à la pose de prothèse (absence d’antécédent de radiothérapie, qualité du tissu cutané satisfaisante).
- Procédure :
- Pose immédiate d’une prothèse, si la mastectomie a permis une préservation suffisante de la peau ("skin-sparing").
- Ou passage par une étape d’expansion (ballon expansible remplacé ensuite par une prothèse définitive), principalement si la qualité de la peau est insuffisante initialement.
- Avantages :
- Intervention rapide, hospitalisation courte (1 à 3 jours en général).
- Temps opératoire réduit par rapport aux techniques utilisant des tissus propres.
- Inconvénients :
- Résultat parfois moins naturel, prothèse palpable chez les patientes minces.
- Risque de complications à long terme (coques, rupture, déplacement de la prothèse).
- Réintervention à prévoir en moyenne tous les 10 à 15 ans (Commission européenne).
- Moins adaptée chez les patientes ayant reçu une radiothérapie.
2. Reconstruction autologue (par tissus propres)
Par rapport à la reconstruction par prothèse, la reconstruction autologue fait appel aux tissus propres de la patiente. Il existe plusieurs variantes, particulièrement en France où ces techniques sont à la pointe.
- Lambeau de grand dorsal : transfert du muscle grand dorsal (situé dans le dos) avec une portion de peau et de graisse. Ce lambeau assure souvent une couverture suffisante. Il peut être associé à une petite prothèse pour un volume optimal.
- Lambeau abdominal (DIEP, TRAM) : prélèvement de peau et de graisse au niveau de l’abdomen, sans ou avec muscle (DIEP = Deep Inferior Epigastric Perforator). Le DIEP, qui laisse le muscle en place, est aujourd’hui la référence (Société Française de Chirurgie Plastique).
- Points forts : Donne un aspect très naturel et stable dans le temps, sans risque de rejet ni nécessité de changer la reconstruction à terme.
- Inconvénients : Intervention plus longue (6 à 8 heures) et récupération plus délicate. Nécessite un plateau technique expert de la microchirurgie.
- Autres lambeaux microchirurgicaux : lambeaux prélevés sur la cuisse (TUG, PAP), sur la fesse (SGAP, IGAP), offrant une alternative aux patientes qui ne peuvent bénéficier de prélèvement abdominal (patientes minces, antécédents de chirurgie abdominale, etc.).
Comparaison synthétique des techniques principales
| Technique |
Durée opératoire |
Aspect |
Complications principales |
Indications |
| Prothèse |
1 à 2h |
Modérément naturel |
Coque, infection, rupture |
Peau saine, sans radiothérapie |
| Lambeau grand dorsal |
2 à 4h |
Naturel, souple |
Sérome, faiblesse du bras |
Peau de qualité moyenne, ou post-radiothérapie |
| DIEP |
6 à 8h |
Très naturel |
Perte du lambeau, hématome |
Volume suffisant à l’abdomen |
3. Lipofilling (greffe de tissu graisseux autologue)
La technique du lipofilling consiste à prélever de la graisse dans des zones discrètes (abdomen, cuisses), à la purifier et à l’injecter dans la région mammaire. Elle peut être réalisée seule, pour de petites reconstructions, ou en complément d’une technique plus classique pour parfaire le volume ou la forme.
- Atouts : Méthode peu invasive, sans corps étranger, cicatrices quasi-invisibles.
- Limites : Nécessite souvent plusieurs séances pour obtenir le volume voulu, volume parfois partiellement résorbé avec le temps, résultat difficile à stabiliser chez toutes les patientes.
- Indications : Correction de séquelles, amélioration du rendu esthétique, reconstruction partielle (lumpectomie, quadrantectomie).
Certaines études signalent des taux de satisfaction élevés (>80%), surtout pour la souplesse et la naturalité du résultat (Plastic and Reconstructive Surgery, 2017).