1. L’autogreffe de peau (prélèvement du patient lui-même)
L’autogreffe reste la référence car elle offre la meilleure prise : le greffon étant reconnu comme « soi » par l’organisme, il survit sans rejet immunologique. Chez le grand brûlé, il existe deux variantes principales :
- Greffe en pastilles : Utilisée lorsque la surface disponible est très limitée. De petits fragments (4 à 6 mm) sont disséminés sur la zone à couvrir. Chaque pastille sert de « point de départ » à la régénération épithéliale.
- Greffe en filet (mesh-graft) : La peau prélevée est passée dans un appareil la transformant en un réseau extensible, permettant de couvrir une surface jusqu’à 9 fois supérieure à celle prélevée, selon les modèles (sources : Burns, Rose et al.). Cette technique est un pilier lorsque les surfaces disponibles sont réduites.
La principale limite ? Le manque fréquent de surface donneuse chez les grands brûlés, puisque la maladie concerne la quasi-totalité de la peau.
2. L’allogreffe cutanée (greffe à partir d’un donneur humain)
Lorsque les autogreffes sont impossibles ou insuffisantes, l’allogreffe (peau prélevée sur un donneur décédé, stérilisée et conservée dans une banque de tissus) devient un recours transitoire. Son rôle est avant tout d’assurer une couverture provisoire, en attendant la cicatrisation spontanée ou la réalisation d’autogreffes secondaires. En France, près de 1 500 allogreffes sont posées chaque année chez les patients brûlés (source : Agence de la Biomédecine).
- Bénéfices : Protection mécanique, diminution des pertes hydriques, réduction du risque infectieux.
- Limites : Le rejet immunologique survient généralement sous 2 à 3 semaines, ce qui impose une dépose ou un relais par autogreffe.
3. La xénogreffe (greffe d’origine animale)
La xénogreffe, plus rarement utilisée, implique l’emploi de peau de porc, pour ses propriétés proches de la peau humaine. La xénogreffe sert, comme l’allogreffe, de pansement biologique temporaire, surtout lorsque ni autogreffe ni allogreffe ne sont faisables immédiatement.
- Elle a prouvé son utilité notamment lors de pénuries d’allogreffons — par exemple, lors des accidents industriels impliquant plusieurs victimes graves simultanément.
- La xénogreffe possède les mêmes limites : rejet rapide, rôle de couverture transitoire seulement.
Si elle reste moins fréquente en France qu’aux États-Unis ou en Asie, la xénogreffe occupe une place déterminante dans certains contextes d’urgence.
4. Les substituts cutanés et biotechnologies
Depuis une vingtaine d’années, l’ingéniosité médicale a permis le développement de substituts cutanés : matrices biologiques acellulaires, polymères synthétiques ou encore « peaux cultivées » issues de cultures cellulaires.
- Épiderme artificiel (cultures de kératinocytes autologues) : Ce procédé, né des travaux de Howard Green dans les années 1980, consiste à prélever une minuscule biopsie de peau du patient (< 1 cm²), puis à cultiver ses propres cellules pour en obtenir plusieurs centaines de centimètres carrés en 2 à 3 semaines (Nature, 2022).
- Substituts dermiques : Matrices biologiques (comme Integra®, Matriderm®) servant de support à la reconstruction du derme, indispensables pour limiter les cicatrices rétractiles et améliorer l’élasticité de la nouvelle peau.
- Biomembranes synthétiques : Pansements semi-perméables imitant la fonction de barrière cutanée, le temps de préparer une greffe définitive.
| Technique |
Origine |
Durée de couverture |
Avantages |
Limites |
| Autogreffe |
Patient |
Définitif |
Pas de rejet |
Limite de surface donneuse |
| Allogreffe |
Donneur humain |
Temporaire (2-3 sem.) |
Pansement biologique efficace |
Rejet inévitable |
| Xénogreffe |
Animal (porc) |
Temporaire (1-2 sem.) |
Disponibilité |
Risques zoonoses, rejet rapide |
| Substitut cutané |
Bio-ingénierie/synthèse |
Variable |
Modularité, cicatrices réduites |
Coût, délai de fabrication |